Évolution des populations d'oiseaux communs

Dernière mise à jour  :  11 juillet 2018

La composition de l’avifaune est continuellement remodelée sous l’influence de multiples facteurs dont le plus déterminant est l’altération des habitats. Les oiseaux communs font l’objet de suivis annuels en Wallonie : leurs populations sont globalement en diminution sur le long terme, en concordance avec la tendance observée au niveau européen.

Surveillance paneuropéenne

Du fait de leur position élevée dans les chaînes alimentaires, de leur grande variété d’exigences écologiques et d’un temps de réaction rapide face aux changements environnementaux, les oiseaux constituent un bon indicateur de l’état de la biodiversité et du fonctionnement des écosystèmes. C’est pourquoi la plupart des pays européens ont mis en place des programmes de suivi des oiseaux nicheurs les plus répandus qui s’intègrent dans un système de surveillance continental q. La Wallonie y est associée : des relevés annuels par point d’écoute sont effectués pour les espèces communes de l’avifaune wallonne, soit 75 espèces, qui ne représentent que 43 % du nombre d’espèces nicheuses en Wallonie mais plus de 96 % de l’avifaune wallonne en termes d’effectifs[1]. Un indice relatif d’abondance est calculé pour chaque espèce et une tendance à long terme peut être estimée.

Tendance globale à la diminution

Entre 1990 et 2017, les populations wallonnes des 75 espèces d’oiseaux communs considérées ont perdu en moyenne 31 % de leurs effectifs, soit une érosion de 1,4 % par an. Sur ces 75 espèces, 19 étaient en augmentation (25 %), 16 étaient stables (21 %) et 40 étaient en déclin (53 %). Les oiseaux des milieux agricoles présentaient la diminution la plus flagrante : ils ont perdu plus de la moitié de leurs effectifs (- 55 %), au rythme moyen de 3 % par an. Le bruant proyer, la tourterelle des bois et la perdrix grise ont subi le déclin le plus alarmant : leurs populations ont diminué respectivement de 98 %, 97 % et 96 % sur la période. En ce qui concerne les oiseaux forestiers, l’indicateur montre un déclin modéré (- 16 %). Les populations des espèces généralistes (ni strictement agricoles, ni strictement forestières) ont quant à elles chuté de 24 % par rapport à 1990. La diminution d'effectifs observée en 2017 est probablement à mettre en relation avec une mauvaise saison de reproduction en 2016 liée à un climat particulièrement pluvieux. À l’échelle européenne (UE-28), les populations des 168 espèces communes ont diminué de 9 % entre 1990 et 2015. Parmi celles-ci, les espèces des milieux agricoles ont perdu 30 % de leurs effectifs.

Adaptation nécessaire des méthodes agro-environnementales et climatiques (MAEC)

L’avifaune agricole souffre de l’agriculture intensive[2]. Son évolution reste préoccupante malgré l’instauration de la conditionnalité des aides agricoles[3], et notamment des dispositions relatives au "verdissement" de la Politique agricole commune[4], et la mise en œuvre des MAEC[5]. Sur base des courbes de tendance des espèces typiques des zones de cultures et de celles des zones de prairies, l’efficacité des MAEC dans ces deux contextes agricoles a pu être estimée(b) : il semble qu’il n’y ait pas d’impact positif démontrable des MAEC à l’échelle régionale. Des effets locaux peuvent cependant être observés et il est possible que les MAEC aient un effet d’atténuation des impacts négatifs.
Des études récentes(b) (c) (d) ont permis d'analyser l’efficacité de MAEC adaptées aux exigences de certaines espèces agricoles[6]. Diverses pistes ont été soulevées pour améliorer l’effet de ces MAEC sur certains paramètres démographiques (survie hivernale, productivité) des populations de ces espèces :

  • gestion des haies par recépage de manière à les conserver basses et denses ;
  • extension de la période d’interdiction de la taille des haies en milieu agricole[7] ; 
  • report de la fauche des tournières ;
  • utilisation de dispositifs d’effarouchement lors de la fauche afin de réduire la mortalité directe ;
  • positionnement de bandes aménagées le long des haies pour faciliter le nourrissage des nichées par les adultes et au sein des plaines pour recréer des effets de bordure ;
  • ... 

En 2017, la superficie de la MAEC "bande de parcelles aménagées" dédiée au soutien des oiseaux des champs nichant au sol était de 1 100 ha en Wallonie, soit tout au plus 0,45 % de la surface des terres arables de la Région limoneuse et de la Région sablo-limoneuse, plaines de culture où l’enjeu de conservation des oiseaux des champs est le plus important. Cette superficie reste insuffisante par rapport aux valeurs recommandées par la littérature(e) (3 à 5 % par hectare de terre arable).

 


[1] D’autres inventaires ornithologiques sont organisés en Wallonie, p. ex. pour la réalisation d’atlas(a), pour le suivi d’espèces rares ou coloniales ou pour l’évaluation de l’état de conservation des habitats q et espèces q reconnus comme d’intérêt communautaire.

[2] Utilisation de produits phytopharmaceutiques q, disparition des prairies permanentes et des céréales de printemps q, augmentation de la fréquence de fauche des prairies pour la production de fourrage, augmentation de la taille des parcelles et perte des éléments structurants du paysage entraînant une réduction des ressources alimentaires et des sites de nidification…

[3] Mécanisme conditionnant l’octroi d’aides financières directes au respect de normes concernant l’environnement, le bien-être animal… q

[4] Dispositions visant à renforcer l’intégration de l’environnement au mécanisme de la conditionnalité (maintien de surfaces d’intérêt écologique p. ex.)

[5] Aménagements et pratiques volontaires visant la conservation et l’amélioration de l’environnement en zone agricole q

[6] En particulier le tarier des prés comme modèle d’oiseau menacé des prairies et le bruant proyer comme modèle d’oiseau menacé des cultures

[7] Initialement en application du 15 avril au 30 juin, cette période s'étend désormais du 1er avril au 31 juillet (période ciblant le pic des reproductions) (AGW du 27/08/2015 tel que modifié le 07/06/2018 par le Gouvernement wallon q).

 

Évolution des effectifs d’oiseaux communs* en Wallonie

n = nombre d’espèces

* Il s'agit des espèces communes de l'avifaune wallonne, soit 75 espèces, qui représentent 43 % du nombre d'espèces nicheuses en Wallonie mais plus de 96 % de l'avifaune wallonne en termes d'effectifs. 

** Ni strictement agricoles, ni strictement forestières


REEW – Sources : Aves-Natagora ; SPW - DGO3 - DEMNA (programme ISB/SURWAL) ; EBCC ; BirdLife ; RSPB ; CSO

Évolution des effectifs d’oiseaux communs* en Wallonie. Tendances des populations des 75 espèces d'oiseaux communs considérées (1990 - 2017)

* Il s'agit des espèces communes de l'avifaune wallonne, soit 75 espèces, qui représentent 43 % du nombre d'espèces nicheuses en Wallonie mais plus de 96 % de l'avifaune wallonne en termes d'effectifs. 

 

REEW – Sources : Aves-Natagora ; SPW - DGO3 - DEMNA (programme ISB/SURWAL)

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Évaluation

Défavorable
  • Référentiel : (i) Stratégie biodiversité de l’UE à l’horizon 2010 (COM (2006) 216) q, (ii) Stratégie de la biodiversité pour 2020 q - objectif d’enrayer la détérioration de l’état de l’ensemble des espèces et habitats couverts par la législation de l’UE relative à la nature et améliorer leur état de manière significative et mesurable d’ici 2020
  • Sur la période 1990 - 2017, les populations d’oiseaux communs étaient en déclin pour 40 des 75 espèces suivies (soit 53 %).
En détérioration

Sur la période 1990 - 2017, les populations wallonnes des 75 espèces d’oiseaux communs considérées ont perdu en moyenne 31 % de leurs effectifs.