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Érosion hydrique des sols

Dernière mise à jour  :  02 juillet 2019

Les précipitations et le ruissellement de l’eau sur les terres agricoles peuvent éroder les sols et entraîner leurs constituants vers les cours d’eau. Les conséquences de ces phénomènes sont multiples : pertes en sol, dégâts aux cultures, risque de coulée boueuse et d’inondation, altération de la qualité des eaux de surface et sédimentation dans les cours d’eau.

L'amorce apparente d'une amélioration

Les pertes en sol par érosion hydrique diffuse[1] ont été estimées par modélisation[2] à 2,3 t/(ha.an) en moyenne sur la période 2013 - 2017 à l’échelle du territoire wallon (tous types de surface confondus, hors sols artificialisés). Sur la période 1971 - 2017, elles sont restées inférieures au seuil de 5 t/(ha.an)[3], sauf en 2002 (5,2 t/ha) en raison de pluies particulièrement érosives. En 2017, les pertes estimées ont été faibles (1,6 t/ha). Derrière la variabilité interannuelle liée aux aléas climatiques et aux changements d’occupation des sols se dégage une tendance (courbe de régression)[4] marquée par un doublement des pertes en sol entre 1971 (1,4 t/(ha.an)) et 1990 (2,8 t/(ha.an)), le maintien de pertes élevées (> 2,9 t/(ha.an)) de 1995 à 2001 et l’amorce apparente d’une baisse à partir de 2002, qui reste à confirmer à l'avenir.

Le rendement en sédiments[5], soit la quantité de sol érodé (érosion diffuse uniquement) qui atteint les eaux de surface, a été estimé[6] à 0,26 t/(ha/an) en moyenne sur la période 2013 - 2017 à l’échelle du territoire wallon, soit 11 % de la quantité de sol érodé. Sur la période 1971 - 2017, la part des quantités de sol érodé ayant atteint les eaux de surface s'élevait en moyenne à 12 % (forte variabilité interannuelle, pas d'évolution notable sur la période).

Érosion non soutenable sur 29 % des superficies agricoles

Pour les terres agricoles, plus sensibles à l’érosion que les sols sous couvert permanent, les pertes estimées en moyenne sur la période 2013 - 2017 dépassaient 5 t/(ha.an) sur 29 % de leur superficie totale (près de 262 000 ha), et 10 t/(ha.an) sur 7 % de celle-ci (près de 67 000 ha). L'évolution des données semble indiquer une amélioration puisque les parts de superficie agricole affichant des pertes en sol supérieures à 5 t/(ha.an) et 10 t/(ha.an) ont respectivement diminué de 38 % et 64 % entre 2007 et 2017. Ces estimations ne concernent pas les phénomènes aigus d'érosion linéaire ou en masse qui entrainent sur le terrain les dommages les plus visibles (ravines, coulées boueuses…). L'ampleur des pertes en sol suite à ces phénomènes, de même que la fréquence et la localisation de ceux-ci, mériteraient d'être suivies.

Plus forte érosion en régions de grande culture

Les pertes en sol sont plus élevées dans les régions de grande culture (Région limoneuse, Région sablo-limoneuse et Condroz q) du fait (i) de la présence de cultures sarclées (pomme de terre, betterave, maïs) peu couvrantes au printemps, saison où les pluies sont généralement plus érosives, et (ii) d'une teneur en matière organique dans les sols agricoles généralement trop faible, ce qui entraine une dégradation de leur structure et les rend plus vulnérables à l'érosion q. Les pertes en sol plus élevées dans la région de Bouillon d’une part et dans la région d’Attert et Arlon d’autre part s'expliquent par la présence de cultures sur sols en pente. Du point de vue des impacts sur les capacités de production végétale (volume de sol disponible à l’enracinement), les sols condrusiens sont davantage menacés en raison de leur plus faible profondeur et de leur charge caillouteuse plus élevée(c).

Poursuivre la lutte contre l’érosion

Outre les obligations liées à la conditionnalité des aides agricoles[7], le Code wallon de l’agriculture[8] prévoit l’octroi de subsides aux pouvoirs locaux et une dizaine de mesures de lutte contre l’érosion des sols (cultures de couverture, travail limité du sol, gestion des rotations, teneur suffisante en matière organique, aménagements anti-érosifs tels que bandes enherbées…). De telles mesures figurent aussi dans les Plans de gestion des districts hydrographiques q et les Plans de gestion des risques d'inondation q. Une cellule d’expertise et de conseil est également en place depuis 2011, avec notamment pour mission d’émettre des recommandations en matière de pratiques anti-érosives[9].


[1] Phénomène d'érosion des sols par l'eau (précipitations, ruissellement) affectant l'ensemble de leur surface, sans entrainer la formation de ravines (érosion linéaire), ni de glissements de terrain ou de coulées boueuses (érosion en masse)

[2] Application de l’équation universelle des pertes en sol (USLE) via le modèle EPICgrid(a)

[3] Seuil au-delà duquel le phénomène d’érosion peut être considéré comme non soutenable(b), c’est-à-dire incompatible avec le maintien à long terme des fonctions que remplissent les sols

[4] Courbe de régression sujette à caution vu la forte variabilité annuelle

[5] L'expression "rendement en sédiments", issue de l’équation MUSLE, peut prêter à confusion dans la mesure où il ne s'agit pas de la proportion (%) des quantités totales de sol érodé qui atteint les eaux de surface mais bien des quantités de sol érodé (t/(ha.an)) qui atteignent ces eaux.

[6] Application de l’équation modifiée des pertes en sol (MUSLE) via le modèle EPICgrid(a)

[7] Sur les sols dont la pente est supérieure à 10 %, obligation d'aménager une bande enherbée de minimum 6 m au bas d'une culture sarclée (avant le semis et jusqu'à la récolte de cette culture). Un renforcement de cette mesure (implantation de la bande enherbée dès l'automne de l'année précédente, élargissement de la bande à 12 m…) est actuellement en projet.

[8] Décret du 27/03/2014, Titre XI, chap. II q

[9] Cellule GISER q

Pertes en sol* par érosion hydrique diffuse et rendements en sédiments** en Wallonie***

* Application de l’équation universelle des pertes en sol (USLE) via le modèle EPICgrid

** Application de l’équation modifiée des pertes en sol (MUSLE) via le modèle EPICgrid

*** Tous types de surfaces confondus (hors sols artificialisés)

**** Seuil au-delà duquel le phénomène d'érosion peut être considéré comme non soutenable(b), c'est-à-dire incompatible avec le maintien à long terme des fonctions que remplissent les sols

 

REEW – Source : ULiège-GxABT (modèle EPICgrid)

Superficies agricoles* du territoire wallon par classe de pertes en sol** dues à l'érosion hydrique diffuse

* Superficie agricole utilisée (SAU) et autres terres agricoles hors mailles de 1 km2 où les superficies agricoles sont inférieures à 10 %

** Application de l’équation universelle des pertes en sol (USLE) via le modèle EPICgrid

 

REEW – Source : ULiège-GxABT (modèle EPICgrid)

Pertes estimées en sol* par érosion hydrique diffuse (moyenne 2013 - 2017)

c1630c73-02d3-41f6-b4d3-fd219b146267

 

* Application de l'équation universelle des pertes en sol (USLE) via le modèle EPICgrid – Maille de 1 km2

 

REEW - Source : ULiège-GxABT (modèle EPICgrid)

f064b92c-e44a-4368-8af4-41a8028a455c

Évaluation

Défavorable
  • Référentiel : seuil d'érosion non soutenable fixé à 5 t/(ha.an)(b)
  • La part de superficie agricole affichant des pertes en sol par érosion hydrique diffuse > 5 t/(ha.an) était estimée par modélisation à 29 % en moyenne sur la période 2013 - 2017.
En amélioration

La part de la superficie agricole affichant des pertes en sol supérieures à 5 t/(ha.an) a diminué de 38 % entre 2007 et 2017 selon une courbe de régression, sujette à caution vu la variabilité annuelle élevée. Cette estimation ne concerne cependant pas les phénomènes plus aigus d'érosion linéaire ou en masse dont l'ampleur n'est pas connue à l'heure actuelle.