À tous les stades de la chaine alimentaire, de la production à la consommation, des quantités conséquentes d’aliments sont perdues ou gaspillées. L'enjeu est environnemental (gaspillage de ressources naturelles, pollutions, production de déchets…) économique (coûts pour les acteurs) et social (accès à l'alimentation des populations en difficulté). Au niveau des ménages, le gaspillage est largement déterminé par les pratiques de consommation.
Les déchets alimentaires : une estimation fondée sur des sources multiples
En Wallonie, les déchets alimentaires des ménages sont estimés à partir (i) de données annuelles relatives à la collecte des déchets ménagers (collecte des DMR et des déchets organiques collectés sélectivement)[2], (ii) de campagnes de mesures ponctuelles relatives à l’analyse de la composition des DMR et des déchets organiques collectés sélectivement[3] et (iii) de données issues du baromètre de la prévention des déchets ménagers[4]. En 2023, le gaspillage alimentaire des Wallons était estimé à 85 kg/hab, contre 93 kg/hab en 2020, soit une baisse de 8,6 % en trois ans.
Déchets alimentaires et comportement des Wallons
L’analyse du comportement des Wallons à l’égard des déchets alimentaires repose sur des enquêtes[5] visant à mieux comprendre les pratiques en matière de prévention et de gestion des déchets.
En 2024, les restes de repas constituaient la catégorie d’aliment la plus fréquemment jetée par les Wallons, 52 % des répondants déclarant les avoir jetés au moins une fois au cours de la semaine précédant l’enquête. Trois autres catégories — pains et pâtisseries, légumes et fruits — suivaient immédiatement, à hauteur de 41 % des répondants chacune. Les ménages wallons invoquaient principalement trois raisons pour justifier de jeter des aliments : (i) des préparations en trop grandes quantités (27 % des répondants), (ii) le manque de temps pour consommer l’aliment (27 % des répondants) et (iii) l’aliment a été mal conservé et était avarié (25 % des répondants).
Les enquêtes révèlent qu’entre 2018 et 2022, la proportion de Wallons déclarant avoir jeté des aliments au cours de la semaine précédant l’enquête a augmenté pour toutes les catégories. Pour certaines d’entre elles, cette hausse a été particulièrement marquée, avec une proportion de répondants multipliée par deux, notamment pour les plats préparés conditionnés, les œufs ainsi que les poissons et autres produits de la mer.
Sur la période plus récente (2022‑2024), l’évolution était plus contrastée : une poursuite de l’augmentation observée précédemment pour certaines catégories (restes de repas, légumes, fruits, pommes de terre, plats préparés conditionnés, œufs), une stabilisation pour d’autres (pains et pâtisseries, viandes et charcuteries, produits laitiers) et une diminution pour certaines (produits secs, poissons et autres produits de la mer, sauces, huiles et matières grasses).[6]
Aliments jetés par les Wallons à leur domicile, par catégories*
* Enquêtes réalisées auprès d’un panel représentatif de la population wallonne (2 002 personnes en 2018, 2 000 personnes en 2022 et 2 008 en 2024) q.
* Enquêtes réalisées auprès d’un panel représentatif de la population wallonne (2 002 personnes en 2018, 2 000 personnes en 2022 et 2 008 en 2024) q.
L’enquête révèle également que les aliments non consommés sont, dans une large mesure, orientés vers d’autres modes de gestion que la poubelle tout-venant. En 2024, ils étaient principalement donnés aux animaux domestiques (29 %), jetés au compost (29 %) ou dans les déchets organiques collectés sélectivement (28 %). Cette évolution est à mettre en lien avec la généralisation progressive de la collecte sélective des déchets organiques imposée par le décret du 09/03/2023 relatif aux déchets, à la circularité des matières et à la propreté publique q ainsi qu’à la promotion du compostage (à domicile ou collectif).
Maintien du PWD-R et priorités wallonnes pour la lutte contre le gaspillage alimentaires
La directive-cadre sur les déchets q impose notamment aux États membres d'évaluer la mise en œuvre de leurs plans de gestion et programmes de prévention des déchets au moins tous les 6 ans et, si nécessaire, de les réviser, afin de s'assurer qu'ils restent conformes aux objectifs de la directive. Cette obligation d’évaluation et de révision a été transposée en droit wallon via le décret du 09/03/2023 q.
Après examen des conclusions du rapport d’évaluation du Plan wallon des déchets-ressources (PWD‑R), adopté par le Gouvernement wallon le 22/03/2018 q, et au vu du nombre d’actions toujours en cours ou à poursuivre de manière continue, le Gouvernement wallon a décidé, le 05/06/2025, de maintenir la mise en œuvre du PWD-R plutôt que d’en engager sa révision. Dans ce cadre, le Gouvernement a défini des critères de priorisation et des thématiques prioritaires afin d’orienter ses décisions et les actions à mettre en œuvre au cours de la législature. En matière de réduction du gaspillages alimentaires, et sans préjudice des mesures complémentaires nécessaires pour répondre aux obligations fixées par l’UE, il est prévu :
- de continuer à objectiver les données ;
- de responsabiliser la grande distribution et le secteur agroalimentaire ;
- de faire de la restauration collective un moteur de la transition ;
- de sensibiliser le grand public.
Ces actions devront contribuer à l’atteinte de l’objectif européen, qui vise une réduction de 30 % des déchets alimentaires générés par habitant d’ici 2030, par rapport à la moyenne annuelle observée sur la période 2021‑2023, dans le commerce de détail, la distribution alimentaire, la restauration ainsi qu’au sein des ménages q.
Par ailleurs, le 17/07/2025, le Gouvernement wallon a confirmé son ambition de renforcer la politique alimentaire régionale au travers de feuilles de route qui constitueront le futur Plan d’action pour une alimentation saine et durable en Wallonie. Celles‑ci portent sur la restauration collective, la grande distribution et l’industrie agroalimentaire, l’HoReCa, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, le droit à l’alimentation, le soutien aux circuits courts et aux infrastructures, ainsi que la création d’un réseau d’animation territoriale. Ces feuilles de route, en cours d’élaboration, contribueront à concrétiser les objectifs stratégiques du référentiel "Vers un système alimentaire durable en Wallonie" q.
[1] Cette décision q complète la directive-cadre sur les déchets q, qui a été renforcée par la directive 2025/1892 q.
[2] Formulaires FEDEM et CETRA complétés par les communes et les intercommunales de gestion des déchets.
[3] Dernière campagne réalisée en 2017 - 2018(a). Une mise à jour est en cours de réalisation et devrait être disponible pour la fin 2026.
[4] Le baromètre(b) est mis à jour tous les deux ans. À noter qu’un dispositif est en cours de développement en Wallonie pour quantifier le compostage domestique des déchets alimentaires, afin d’affiner les données actuellement issues du baromètre.
[5] Ces enquêtes(b) s’appuient sur des panels représentatifs de la population wallonne (2 002 personnes en 2018, 2 000 personnes en 2022 et 2 008 personnes en 2024).
[6] Ces variations doivent être interprétées avec prudence. Elles peuvent traduire des évolutions de comportements des ménages, mais aussi des effets liés au renouvellement du panel entre les vagues d’enquête, inhérents à ce type d’outil statistique.
Évaluation
Évaluation de l'état non réalisable et évaluation de la tendance non réalisable
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Référentiel : Directive cadre-déchets q
- Réduire de 30 % les déchets alimentaires générés par habitant d’ici 2030, par rapport à la moyenne annuelle observée sur la période 2021‑2023, dans le commerce de détail, la distribution alimentaire, la restauration ainsi qu’au sein des ménages. L’état sera évalué au terme, soit en 2030.
En 2023, le gaspillage alimentaire des Wallons était estimé à 85 kg/hab, contre 93 kg/hab en 2020, soit une baisse de 8,6 % en trois ans. L’évolution temporelle disponible n’est pas suffisante pour pouvoir établir une tendance.
Évaluation