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Eau

L’eau est essentielle à la vie, à la biodiversité et à l’homme. Elle se renouvelle en permanence grâce au cycle de l'eau mais sa disponibilité reste limitée. En raison des activités humaines (agricoles, industrielles, domestiques…), les eaux souterraines, les cours d’eau et zones rivulaires, les lacs et les zones humides sont soumis à des pressions : prélèvements, pollution par la présence excessive de nutriments (azote, phosphore…) et de substances ayant des effets néfastes sur l'environnement ou la santé, modification du trajet naturel de l'eau par divers aménagements (barrages, digues, chenaux de navigation p. ex.)... Ces pressions entrainent des impacts sur les réserves disponibles, la qualité de l'eau et l'état des écosystèmes aquatiques, impacts dont certains sont et seront accentués par les changements climatiques. Pour gérer les ressources et améliorer l'état des eaux de surface et souterraines, une législation européenne a été mise en place il y a plus de 20 ans. Des améliorations sont observées mais restent lentes. Cela peut s’expliquer par l'insuffisance des mesures au regard des objectifs fixés, par de longs temps de transfert à certains stades du cycle de l'eau, par la lenteur des écosystèmes aquatiques à se restaurer mais aussi par le fait que l'eau est le réceptacle final de toutes les substances mobiles qu'elle croise sur son parcours. Elle est donc fortement touchée par toutes les formes de pollution diffuse.


Cycle de l'eau et bilan hydrique en Wallonie

L’eau présente sur terre est la même depuis toujours et est en constante circulation. Elle ne transite qu'un certain temps dans les cours d'eau, les plans d'eau ou les nappes souterraines, étapes parmi d'autres du cycle de l'eau.

Sous l'effet du rayonnement solaire, l'eau s'évapore vers l'atmosphère grâce à l'évapotranspiration, comprenant l'évaporation à partir du sol et des eaux de surface (océans, cours d'eau et plans d'eau) et la transpiration par les végétaux. En altitude, le refroidissement des masses d'air humide entraine une condensation de la vapeur d'eau formant des nuages. Cette vapeur d'eau est ensuite restituée aux eaux de surface et aux sols par les précipitations. Au niveau des sols, selon les conditions locales, l'eau issue de ces précipitations peut s'évaporer directement, s'écouler en surface jusqu'aux cours d'eau (ruissellement) ou s'infiltrer, ce qui permet le maintien d'une certaine humidité dans le sol, nécessaire aux végétaux et aux organismes du sol. L'infiltration vers des zones plus profondes permet la recharge des nappes d'eau souterraine, qui restent en connexion avec les eaux de surface, les nappes alimentant les cours d’eau ou étant alimentées par ceux-ci. Sur ce cycle naturel se greffe un cycle anthropique, résultat de l'utilisation d'une partie des ressources en eau pour les activités humaines (production et distribution d’eau potable, usages industriels, navigation…). Ce cycle anthropique comprend notamment des prélèvements en eaux de surface et en eaux souterraines, des traitements éventuels (potabilisation), l'incorporation d'eau à des produits, des pertes par évaporation (refroidissement d'installations), des rejets précédés ou non d'un assainissement ou encore des modifications de la morphologie naturelle des cours d'eau notamment à des fins de navigation.

Certaines étapes du cycle de l'eau peuvent être quantifiées pour une région donnée par un bilan entre les entrées (précipitations, entrées des cours d'eau aux frontières) et les sorties (évapotranspiration, ruissellement, infiltration, sortie des cours d'eau aux frontières), dit "bilan hydrique".

Pour la Wallonie, il donne les résultats suivants (en moyenne pour la période 2000 - 2019) :

  • les précipitations représentent environ 16 000 millions de m³/an. Elles sont abondantes (700 à 1 400 mm/an selon les sous-régions) et régulières (125 à 165 jours de pluie/an). Cette régularité permet, selon la nature plus ou moins favorable du sol, une plus grande infiltration et donc une recharge des nappes plus importante ;
  • sur la totalité des précipitations, 61 % s’évaporent (évapotranspiration : 9 600 millions de m³/an), 12 % ruissellent (1 900 millions de m³/an) et 27 % s’infiltrent dans le sol (4 400 millions de m³/an). La part des précipitations qui rejoint par infiltration les eaux profondes pour constituer la ressource en eau souterraine annuellement renouvelable s'élève à minimum 11 % (1 800 millions de m³/an), soit minimum 41 % de l'eau infiltrée. Le solde n’atteint pas les nappes profondes (formation de nappes superficielles, restitution aux eaux de surface, augmentation de l’humidité du sol…) ;
  • pour compléter le bilan hydrique de la Wallonie, il faut ajouter l’eau entrant sur le territoire par les cours d’eau en provenance de France, soit environ 5 900 millions de m³/an. Les cours d’eau wallons alimentent à leur tour les régions ou pays voisins (Flandre et Pays-Bas essentiellement mais aussi Allemagne et Grand-Duché de Luxembourg), soit environ 11 200 millions de m³/an.


Des prélèvements qui ne dépassent pas les ressources

Le cycle de l’eau fait de ce bien naturel une ressource renouvelable qui n’est cependant pas illimitée. C'est pourquoi les prélèvements constituent une pression sur les réserves disponibles. Il faut donc maintenir un équilibre entre ces prélèvements et la recharge des nappes d'eau souterraine ou le maintien de débits suffisants en eaux de surface. En Wallonie, les ressources en eaux ne sont pas menacées du point de vue quantitatif. Toutefois, les sécheresses saisonnières observées ces dernières années font l'objet de préoccupations et de mesures de gestion particulières.

Pas de stress hydrique

La Wallonie couvre essentiellement ses besoins en eau par des prélèvements dans ses cours d’eau et ses nappes d’eau souterraine. Entre 2014 et 2018, les prélèvements s’élevaient à près de 1 800 millions de m³/an[1]. En moyenne, 1 409 millions de m³ (79 % des prélèvements totaux) ont été prélevés chaque année en eau de surface, essentiellement utilisés pour le refroidissement des centrales électriques thermiques (centrale nucléaire, centrale au gaz naturel…) et majoritairement restitués aux cours d’eau après usage. Les prélèvements d’eau souterraine s’élevaient à 374 millions de m³/an (21 % des prélèvements totaux), principalement destinés à la production et à la distribution d’eau potable.

Certains indicateurs montrent que les prélèvements ne dépassent pas les ressources disponibles :

  • le taux d’exploitation en eau (Water exploitation index WEI+) de la Wallonie, qui mesure le niveau de pénurie d’eau en comparant la quantité d’eau de surface et souterraine utilisée par l’ensemble des secteurs avec les ressources en eaux douces renouvelables disponibles, est resté relativement constant, de l’ordre de 5 % sur la période 2000 - 2018, une valeur inférieure au seuil de stress hydrique fixé au niveau européen à 20 % ;
  • entre 2000 et 2018, les prélèvements dans les nappes d’eau souterraine représentaient en moyenne 22 % des volumes qui étaient renouvelés annuellement par la recharge pluviométrique.

Par ailleurs, les prélèvements en eaux de surface et souterraines sont en baisse : ils ont diminué de 48 % entre 2000 et 2018. Cette diminution est principalement due à une réduction des quantités d’eau de surface utilisées par les centrales électriques thermiques et les industries pour le refroidissement (- 55 %), ce qui s’explique essentiellement par la baisse de production des centrales électriques, le fonctionnement en circuits fermés et les fermetures d’entreprises (sidérurgie, métallurgie).

Selon les dernières simulations réalisées pour tenir compte de l’impact des changements climatiques sur les eaux souterraines[2], les ressources annuellement renouvelables devraient rester sensiblement équivalentes aux ressources actuelles à l’horizon 2031 - 2050 par rapport à la période 2000 - 2019 car on s’attend à une multiplication et une intensification probable des épisodes de sécheresse mais aussi des épisodes pluvieux de forte intensité. Néanmoins, cet aspect est à nuancer compte tenu des besoins en eau qui risquent d’augmenter (alimentation en eau potable, besoin en eau d’irrigation…).

Les sécheresses saisonnières produisent toutefois des effets

Ces dernières années (2017, 2018, 2019, 2020), le déficit de précipitations a entraîné des périodes de sécheresse, avec des conséquences observables sur les ressources en eau :

  • au niveau des eaux de surface, une baisse temporaire des débits de certains cours d'eau a été observée jusqu'à des niveaux faibles à très faibles par rapport aux mesures effectuées depuis plus de 45 ans (p. ex. sur la Meuse à Chooz et à Amay ainsi que sur deux grands affluents, l’Ourthe et la Semois), ainsi qu’une baisse des niveaux de certains barrages (barrage de La Gileppe en particulier) ;
  • au niveau des eaux souterraines, une baisse du niveau des nappes a été constatée, particulièrement accentuée dans certaines masses d'eau plus directement sensibles aux variations de précipitations, comme celle des calcaires du bord sud de la Meuse ;
  • certaines communes ont subi des pénuries en eau de distribution liées à des facteurs conjoncturels (suppression de captages de faible capacité, fuites dans le réseau de distribution, vétusté des conduites…) ou structurels (moindre capacité des petits producteurs ou des communes autonomes pour la production-distribution d’eau, par comparaison avec la Société wallonne des eaux p. ex.).

Selon le scénario climatique le plus pessimiste, la tendance indique des hivers nettement plus humides avant la fin du siècle par rapport au climat actuel. La tendance est incertaine concernant les étés, certaines projections indiquant des étés plus secs et d’autres des étés plus humides(a). Les observations à l'échelle régionale (débits des cours d'eau, niveaux des nappes) et locale (pénuries ponctuelles) renforcent l'importance d'une bonne gestion des ressources en eau alors que les épisodes de sécheresse pourraient se multiplier ou s'intensifier.
 

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Usages de l’eau : des centrales électriques très gourmandes

Les prélèvements en eaux de surface et souterraines sont essentiels aux activités de divers acteurs. Le plus gros consommateur est le secteur de l'énergie pour le refroidissement des centrales électriques thermiques, suivi par le secteur de la production d'eau potable et le secteur industriel.

Les prélèvements d'eau destinés au refroidissement des centrales électriques thermiques s'élèvent en moyenne à 1 193 millions de m³/an (67 % des prélèvements totaux) (2014 - 2018). Ces volumes d’eau sont prélevés dans les eaux de surface. Ils constituent 85 % des prélèvements en eaux de surface et sont majoritairement restitués aux cours d’eau après usage. Ils ont diminué de 50 % entre 2000 et 2018 notamment en raison d'une baisse de production des centrales électriques thermiques, en particulier la centrale nucléaire de Tihange. Cette tendance devrait se poursuivre avec la fermeture programmée des réacteurs nucléaires.

Les prélèvements d’eau pour la distribution publique s'élèvent en moyenne à 390 millions de m³/an (22 % des prélèvements totaux) (2014 - 2018), dont 76 % sont prélevés en eaux souterraines et 24 % en eaux de surface. L'exploitation plus importante des eaux souterraines s'explique par des coûts de potabilisation plus faibles, ces eaux bénéficiant naturellement d'une filtration et d'une épuration par les sols et sous-sols. Les prélèvements à destination de la production d'eau de distribution à usage domestique et non domestique sont restés relativement stables sur la période 2000 - 2018 (baisse de 2,4 %). À souligner qu'une bonne partie des volumes d’eau de distribution produits en Wallonie (146 millions de m³/an en moyenne, soit 38 %) est exportée vers les régions flamande et bruxelloise.

La consommation d’eau de distribution à usage domestique (ménages et certaines activités professionnelles telles que commerces, HORECA…) est relativement faible par rapport à celle des pays voisins et s’élevait à 65 m³ par compteur d'eau en 2019. Selon une étude réalisée en Flandre(b), les postes les plus importants sont l’hygiène personnelle (douche, bain, lavabo : 37 % de la consommation), les WC (17 %) et la lessive (machine à laver, lessive à la main : 14 %), suivis par les boissons et la nourriture (11 %), la vaisselle (lave-vaisselle, vaisselle à la main : 8 %) ainsi que d’autres usages (nettoyage, arrosage des plantes, jardin, piscines… : 13 %). La consommation d’eau de distribution à usage domestique par compteur a diminué de 16 % entre 2004 et 2019. L’information du public, la sensibilisation aux économies d’eau et la généralisation des appareils plus économes en eau (lave-linge, douche économique, WC à double chasse…) sont probablement les raisons principales de cette baisse. Toutefois, la consommation en eau globale du secteur a peu diminué en raison de l'augmentation du nombre de ménages.

Troisième destination des prélèvements, les industries (extractives et manufacturières, hors centrales électriques thermiques) utilisent en moyenne 185 millions de m³/an (10 % des prélèvements totaux) (2014 - 2018), dont 67 % proviennent des eaux de surface et servent pour le refroidissement mais aussi pour d'autres utilisations (nettoyage, procédés), tandis que 33 % sont issus des eaux souterraines. Les prélèvements pour les industries ont diminué de 73 % entre 2000 et 2018 notamment grâce à des investissements (mise en circuit fermé des eaux de refroidissement, amélioration des procédés de production…) et suite à des fermetures d’entreprises.

À noter que les prélèvements d’eau pour l’agriculture représentent 0,1 % des prélèvements totaux (moyenne 2014 - 2018). Cette part est vraisemblablement sous-estimée en raison de l’absence de données pour les prélèvements effectués par les agriculteurs dans les cours d’eau ou dans les puits non déclarés.


Des pressions impactent la qualité de l'eau et l’état des écosystèmes aquatiques

Si les prélèvements évoqués plus haut font pression sur les ressources d'un point de vue quantitatif, d'autres facteurs sont susceptibles de faire pression d'un point de vue qualitatif, c'est-à-dire d'altérer la qualité des eaux de surface et souterraines, ainsi que l’état des écosystèmes aquatiques en tant qu'habitats pour la faune et la flore.

Depuis de nombreuses décennies, voire des siècles, les cours d’eau ont été modifiés (linéarisation du tracé, creusement ou remblayage, élargissement, bétonnage des berges, barrages, régulation des débits…) et déconnectés de leurs plaines d’inondation pour permettre la navigation, se protéger des crues, développer l’agriculture, les activités industrielles et l’urbanisation ou encore produire de l’énergie. Cette détérioration de la morphologie et de l’hydrologie des cours d’eau, ou hydromorphologie, a des répercussions importantes sur le fonctionnement des milieux aquatiques : elle entrave la dynamique fluviale, crée des discontinuités et altère la diversité et la qualité des habitats écologiques. On parle de pressions hydromorphologiques.

La pollution de l'eau par les nutriments (azote et phosphore, sous différentes formes), les substances chimiques (éléments traces métalliques, hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP, huiles minérales, pesticides, biocides…), les matières organiques (déjections domestiques et agricoles, eaux usées d'abattoirs, de laiteries, de papeteries…) est un autre type de pression, qui impacte la qualité des eaux de surface et souterraines. Elle est liée aux activités des secteurs agricole, industriel et du tertiaire ainsi que des ménages. Les rejets polluants peuvent être ponctuels, c'est-à-dire provenir d'une source localisable, comme c'est le cas pour les rejets de stations d'épuration collective ou certains rejets industriels par exemple. Ils peuvent être diffus lorsqu'ils proviennent de sources non localisées, dont la contribution individuelle peut être faible, mais qui s’additionnent sur un territoire donné, comme c'est le cas pour l'azote, le phosphore et les pesticides provenant des activités agricoles ou pour les retombées de polluants atmosphériques (HAP p. ex.). En fait, toute substance retombée ou apportée aux sols est susceptible de se retrouver dans les eaux de surface (déplacement par érosion ou ruissellement) ou souterraines (déplacement par infiltration), à moins qu'elle ne soit temporairement immobilisée (fixation sur les particules d'un sol peu érodable p. ex.), ou dégradée avant de parvenir à une masse d'eau. La pollution de l'eau impacte les organismes et les écosystèmes aquatiques (eaux de surface) et nécessite une gestion appropriée pour ne pas impacter la santé humaine (traitements de potabilisation des eaux de surface et souterraines, surveillance de la qualité des eaux de baignade p. ex.). La pollution par les nutriments est en particulier responsable du phénomène d'eutrophisation des eaux de surface, caractérisé par une prolifération d'algues et un appauvrissement de l'eau en oxygène lié à une forte activité microbienne, perturbant l’équilibre, voire entraînant la mort des organismes aquatiques (poissons, invertébrés…).

Enfin, les eaux de surface peuvent être contaminées par des microorganismes fécaux, en particulier lorsque du bétail a accès ou se trouve à proximité d’un cours d’eau, ou après de fortes pluies qui apportent par ruissellement des eaux contaminées aux cours d'eau. Ce facteur joue un rôle majeur dans la dégradation de la qualité des eaux de baignade.

Dans une moindre mesure et localement, les rejets des eaux de refroidissement des centrales électriques thermiques ou d'autres installations (data centers p. ex.) entrainent des hausses de la température de l'eau qui peuvent nuire à certaines espèces. Au-delà des effets thermiques, les eaux de refroidissement rejetées peuvent être polluées par des produits chimiques (additifs, biocides, inhibiteurs de corrosion, produits de nettoyage...).


Les changements climatiques risquent d'accentuer les impacts

Les projections relatives à l'évolution du climat indiquent une multiplication et une intensification probables des épisodes de sécheresse et des épisodes pluvieux de forte intensité (précipitations extrêmes). Le 6ème rapport d’évaluation du GIEC prévoit en effet une intensification des changements dans le cycle hydrologique (variabilité interannuelle ou gravité des phénomènes extrêmes comme les sécheresses ou les inondations p. ex.).

En plus des conséquences en termes quantitatifs de disponibilité de la ressource évoquées plus haut, les épisodes de sécheresse ont un impact sur la qualité de l'eau. La baisse saisonnière des débits des cours d'eau entraine une moindre dilution des polluants, provoquant une dégradation de la qualité chimique de l'eau et favorisant l'eutrophisation. Le manque d'oxygène typique de l'eutrophisation est renforcé par une plus faible oxygénation de l'eau en cas de sécheresse en raison des débits plus faibles (moindre brassage de l'eau) et en cas de fortes chaleurs (baisse de la solubilité de l'oxygène). Pour les eaux souterraines, les sécheresses saisonnières sont susceptibles d'accroitre les concentrations en nitrate dans les eaux d'infiltration issues des sols agricoles en raison d'une moindre consommation d'azote par les plantes (production de biomasse réduite). Ceci risque d'augmenter la concentration en nitrate dans les nappes, en particulier dans les zones de grandes cultures.

En eaux de surface, les effets des épisodes de sécheresse sur la qualité de l'eau peuvent nuire à la survie des poissons et d'autres organismes aquatiques. Par ailleurs, la baisse temporaire des niveaux d’eau peut entrainer une modification de la végétation aquatique, donc des habitats écologiques, rendre certains obstacles infranchissables, supprimer des connexions entre plusieurs parties de cours d’eau ou restreindre l’accès aux milieux annexes (bras morts, zones humides…). Cette fragmentation accrue des cours d’eau peut empêcher la mobilité d’espèces comme les poissons ou les amphibiens, en particulier vers leur lieu de ponte.

En ce qui concerne les épisodes pluvieux, selon le GIEC, les précipitations extrêmes ont augmenté en Europe occidentale depuis les années '50. Cette tendance devrait se poursuivre à l’avenir, avec une augmentation du risque d’inondations pluviales (inondations par ruissellement) et fluviales (inondations par débordement de cours d’eau). Les épisodes pluvieux de forte intensité peuvent avoir de lourdes conséquences sur le plan humain (inondations de juillet 2021) et environnemental. Les impacts découlent essentiellement (i) de courants violents pouvant causer la perte d'espèces animales et végétales, la dispersion d’espèces invasives ainsi que celle de nombreux déchets sur le trajet des eaux, (ii) de phénomènes d'érosion aigüe (coulées boueuses, effondrement de berges…) menant à l'apport massif de matières en suspension dans l'eau et à la destruction d'habitats pour la faune et la flore aquatiques (recouvrement par dépôts de sédiments) et (iii) de phénomènes de pollution par toute substance indésirable rencontrée par l'eau lors d'inondations de zones résidentielles, agricoles ou industrielles (p. ex. des hydrocarbures provenant de réservoirs de véhicules ou de citernes). En plus de leurs impacts sur l’environnement, ces phénomènes de pollution peuvent atteindre les captages destinés à la production d’eau potable avec comme conséquence une fermeture temporaire de ceux-ci.


Un cadre européen pour évaluer et améliorer l'état de l’eau

La directive-cadre sur l’eau (DCE) définit depuis 2000 un cadre pour l'évaluation, la gestion, la protection et l'amélioration de la qualité de l'eau dans l'Union européenne. Elle exige des États membres qu'ils élaborent des Plans de gestion des districts hydrographiques (PGDH[3]) ainsi que des programmes de mesures visant à améliorer la qualité de l'eau. La Wallonie comprend sur son territoire 4 districts (ou bassins) hydrographiques qui dépassent les limites régionales : les districts de la Meuse (couvrant 73 % du territoire wallon), de l’Escaut (22 %), du Rhin (4,5 %) et de la Seine (0,5 %). L’unité de gestion utilisée à l’échelle des districts hydrographiques est la masse d’eau (de surface ou souterraine). En application de la DCE, les masses d’eau devaient atteindre le bon état pour fin 2015 avec un report possible de la date limite en 2021 ou 2027.
 

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Districts hydrographiques en Wallonie


Évaluation de l’état des masses d'eau de surface

La Wallonie compte 352 masses d’eau de surface (MESU) réparties sur les 4 districts hydrographiques. Parmi celles-ci, 75 % sont qualifiées de naturelles, 20 % sont considérées comme fortement modifiées à la suite d’altérations physiques qui résultent des activités humaines et 5 % sont des masses d’eau artificielles (canaux et leurs biefs de partage).

En application de la DCE, l’état des MESU est évalué sur base de leur état écologique et de leur état chimique. L’état écologique est une indication de la santé des écosystèmes aquatiques et est évalué à l’aide des éléments de qualité biologique (microalgues, plantes, insectes, vers, mollusques, poissons…), des éléments de qualité physico-chimique (oxygène, température, pH, matières phosphorées, matières azotées, matières organiques, polluants spécifiques…) et des éléments de qualité hydromorphologique (débits, structure du lit et des berges, présence d’obstacles…). L’état chimique est quant à lui déterminé au regard du respect de normes de qualité environnementale relatives à la présence de substances polluantes (45 substances ou groupes de substances chimiques prioritaires) qui présentent un risque important pour l’environnement aquatique (éléments traces métalliques, HAP, pesticides, biocides, retardateurs de flamme…).

Plus de 380 sites de contrôle sont répartis uniformément sur l’ensemble de la Wallonie, dont 54 font l'objet de prélèvements et d'analyses d'eau réguliers (13 fois par an) pour suivre la qualité des eaux et des écosystèmes aquatiques.
 

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Évaluation de l'état des masses d'eau de surface
(d'après EauFrance)


Évaluation de l’état des masses d'eau souterraine

La Wallonie compte 34 masses d'eau souterraine (MESO) distribuées sur les districts hydrographiques de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin.

En application de la DCE, l’état des eaux souterraines est évalué sur base de leur état quantitatif et de leur état chimique. L’état quantitatif est évalué notamment sur base des niveaux des nappes d'eau souterraine et des débits aux exutoires (sources), mais également en comparant les volumes d’eau souterraine prélevés avec la ressource annuellement renouvelable. L’état chimique est évalué en prenant en compte les normes de qualité relatives à 42 substances polluantes (nitrate, pesticides, éléments traces métalliques…).
 

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Évaluation de l'état des masses d'eau souterraine
(d'après EauFrance)


Le réseau de surveillance des masses d’eau souterraine totalise 550 sites de contrôle répartis sur l’ensemble de la Wallonie : 175 pour l’état quantitatif et 397 pour l’état chimique, certains étant des sites de contrôle mixtes. Pour l’état quantitatif, les mesures sont réalisées toutes les heures et consolidées en valeurs journalières pour la plupart des sites. Pour l’état chimique, les mesures sont réalisées tous les 3 ans. De plus, des mesures sont réalisées tous les ans sur les sites où un risque a été mis en évidence (plus de 280 sites).


État des masses d'eau de surface

L’état des masses d’eau de surface s’améliore lentement puisque 44 % des MESU étaient en bon ou très bon état écologique en 2018 contre 41 % en 2013 et 36 % en 2008. L’objectif 2021 des PGDH 2016 - 2021 de 58 % des MESU en bon ou très bon état écologique n’est pas encore atteint.

Pour les paramètres considérés dans l'état écologique, le pourcentage de MESU en bon ou très bon état s'élevait à :

  • 49 % du point de vue des éléments de qualité biologique. L’ensemble des paramètres de faune et de flore est impacté. Les causes sont surtout les apports de fertilisants azotés et de pesticides, les rejets d’eaux usées, la canalisation et la fragmentation des cours d'eau (présence d'obstacles) et la présence d’espèces exotiques envahissantes ;
  • 57 % du point de vue des éléments de qualité physico-chimique. Les paramètres qui témoignent du mauvais état des eaux sont surtout l’azote et le phosphore sous leurs différentes formes, la DCO (demande chimique en oxygène) et la DBO5 (demande biochimique en oxygène sur 5 jours), ces deux paramètres reflétant les teneurs en matières oxydables ou biodégradables, ainsi que les pesticides (herbicides et insecticides surtout). En cause principalement, les rejets d'eaux usées et les activités agricoles ;
  • 55 % du point de vue des éléments de qualité hydromorphologiques. Le caractère naturel, fortement modifié ou artificiel des masses d'eau joue ici un rôle important puisque 71 % des masses d'eau naturelles sont en bon ou très bon état contre 0 % des masses d’eau fortement modifiées ou artificielles (sous-bassins de l’Escaut-Lys, de la Dendre, de la Haine, de la Sambre et de la Meuse aval principalement).

En ce qui concerne l’état chimique, un petit nombre de substances persistantes, bioaccumulables et toxiques, qualifiées d’ubiquistes (on les trouve partout dans l’environnement) telles que le mercure, les PBDE (retardateurs de flamme) et les HAP étaient responsables de la non-atteinte du bon état pour 100 % des MESU (2018). Ces substances masquent un meilleur état chimique pour les autres substances. Si on ne tenait pas compte des substances persistantes, bioaccumulables et toxiques, 68 % des MESU seraient en bon état, les paramètres impactants étant alors en majorité des pesticides (herbicides et insecticides) et des éléments traces métalliques (nickel et cadmium), auxquels s’ajoutent également des polluants d’origines industrielle ou domestique. Pour l’état écologique comme pour l’état chimique des MESU, les problèmes se situent principalement dans le bassin hydrographique de l’Escaut et dans quelques sous-bassins de la Meuse (Sambre, Meuse amont, Meuse aval et Vesdre) où les pressions anthropiques sont plus fortes. Les facteurs qui expliquent le mauvais état des MESU sont essentiellement liés aux activités domestiques et de services (assainissement insuffisant des eaux usées), aux activités agricoles (nitrate, pesticides) et aux activités industrielles.

À noter que l’amélioration de l’ensemble des paramètres de l’état écologique et de l’état chimique des masses d’eau de surface devrait également permettre d’améliorer l’état de conservation des habitats et espèces qui y sont liés, un des objectifs de la directive "Habitats-Faune-Flore".


État des masses d'eau souterraine

Sur les 34 MESO que compte la Wallonie, 97 % (33/34) étaient en bon état quantitatif en 2019. Seule la masse d’eau des calcaires du Tournaisis était en mauvais état en raison d’une augmentation des prélèvements tant en Belgique (Wallonie et Flandre) qu’en France, accentuée par les sécheresses de ces dernières années. Ce facteur explique que l’objectif 2021 de 100 % des MESO en bon état quantitatif n’était pas atteint en 2019 alors qu’il l’était précédemment.

En ce qui concerne l’état chimique, près de 59 % (20/34) des MESO étaient en bon état en 2019. L’objectif pour 2021 était de 67 % des MESO en bon état chimique. Les MESO déclassées sont toutes situées dans le nord de la Wallonie. Elles l'ont été en raison de concentrations trop élevées en nitrate et/ou en pesticides d’origine agricole (principalement des herbicides et leurs produits de dégradation) pour 12 MESO (35 %), et en macropolluants (ammonium et/ou phosphore) d’origines industrielle, historique et collective (ménages et services liés à la population au sens large) pour 2 MESO (6 %). L’agriculture constitue donc la principale source de pressions s’exerçant sur les eaux souterraines en Wallonie bien que d’autres pressions ne soient pas à négliger. Par ailleurs, les résultats des analyses mettent en évidence une tendance à la détérioration de l’état chimique (tendance à la hausse, à long terme, significative et durable de la concentration des polluants) pour 4 MESO déjà classées en mauvais état et pour 3 MESO classées en bon état. En dehors de ces quelques masses d’eau, l’état chimique des MESO a peu évolué entre 2008 et 2019 même si une stabilisation, voire une diminution des teneurs en nitrate est observée dans plusieurs MESO. En raison des temps de transfert des substances entre le sol et la nappe aquifère souvent longs (quelques mois à plusieurs années) et de la profondeur des nappes, l'efficacité et les effets bénéfiques des mesures prises pour préserver la qualité des eaux souterraines ne s'observent généralement que de nombreuses années après leur mise en place.


Des mesures pour améliorer l'état des masses d'eau

Les PGDH élaborés en application de la DCE sont accompagnés d'un programme de mesures comprenant les actions que les secteurs d'activités doivent entreprendre afin de permettre l’atteinte du bon état des masses d’eau. Ces mesures s'articulent autour de diverses thématiques dont certaines, plus en lien avec les pressions évoquées précédemment, sont abordées ici : assainissement des eaux usées (urbaines et industrielles), lutte contre les pollutions diffuses d'origine agricole, amélioration de l'hydromorphologie des cours d'eau et gestion des sécheresses saisonnières et des épisodes pluvieux de forte intensité.

Assainissement des eaux usées

La baisse des concentrations en nutriments et en matières organiques dans les eaux de surface passe notamment par l'assainissement des eaux usées urbaines, imposé par la législation européenne. En Wallonie coexistent des zones d’assainissement collectif (87 % de la population en 2019) qui impliquent la collecte des eaux usées issues des ménages et des autres secteurs d’activités via un réseau d’égouttage et le traitement de ces eaux dans des stations d’épuration publique, et des zones d’assainissement autonome, faiblement peuplées (13 % de la population), qui impliquent l’installation de systèmes d’épuration individuelle (SEI). Dans les faits, les eaux usées de 85 % de la population située en zone d'assainissement collectif sont collectées et traitées dans les 454 stations d’épuration collective construites à ce jour (dont 168 construites entre 2000 et 2019). Toutes les grandes agglomérations sont équipées de stations d’épuration. Il reste à équiper les petites agglomérations. En zone d’assainissement autonome, le taux d’équipement réel en SEI est difficile à évaluer. En effet, alors que 19 % de la population située en zone d’assainissement autonome disposaient d’un SEI déclaré, 81 % soit n’en avaient pas, soit ne l’avaient pas déclaré. Des mesures sont mises en place dans les zones d’assainissement autonome pour un meilleur suivi de l'équipement et de son fonctionnement.

Ces équipements n'éliminent pas toute la charge polluante des eaux usées. La baisse de pollution en sortie de station d'épuration collective est de 79 à 97 % selon les polluants. Par ailleurs l'absence, en certains endroits, d’égouts, de collecteurs, de stations d'épuration collective ou de systèmes d'épuration individuelle, ou encore leur mauvais fonctionnement, entrainent des rejets dans le milieu récepteur, soit directement dans des cours d’eau, soit indirectement par infiltration dans le sol. En 2015, 38 % des MESU étaient impactées par un manque d’équipements relatifs à l’assainissement collectif et 9 % par un manque d’équipements relatifs à l’assainissement autonome. La poursuite des efforts en matière d’assainissement est donc nécessaire.

En ce qui concerne les eaux usées industrielles, maximum 30 % des rejets rejoignent le réseau d’égouts et sont traités par les stations d’épuration. Le reste des eaux usées industrielles est rejeté dans le milieu naturel. En effet, si le permis d’environnement l’y autorise, l’entreprise peut rejeter ses eaux usées dans les eaux de surface principalement (rivière, canal…), pour autant que les normes de rejets soient respectées. Ceci peut impliquer un investissement dans une station d’épuration sur le site de l’entreprise.
 

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Lutte contre les pollutions diffuses d'origine agricole

Différents outils, repris dans les PGDH 2016 - 2021, sont en place pour lutter contre les pollutions diffuses d’origine agricole, par exemple :

  • le Programme de gestion durable de l’azote en agriculture (PGDA), qui vise à réduire la pollution des eaux souterraines et de surface par le nitrate via diverses mesures (respect d’un équilibre du bilan d’azote organique à l’échelle de l'exploitation, fixation de périodes et de conditions d’épandage des engrais azotés, mise en place de cultures intermédiaires pièges à nitrate, contrôle de l'azote lessivable en zones vulnérables, stockage adapté des effluents d'élevage…) ;
  • le Programme wallon de réduction des pesticides (PWRP), qui, pour le volet agricole, comprend notamment la mise en place d'une végétation permanente sur une largeur de 6 mètres le long des eaux de surface et la diffusion d'avis aux agriculteurs concernant l’opportunité de réaliser ou non un traitement phytosanitaire ;
  • les zones de prévention et de surveillance autour des captages d’eau, au sein desquelles une série d'activités (potentiellement) polluantes sont interdites, limitées ou réglementées (citernes à hydrocarbures p. ex.) ;
  • les contrats de captages et les contrats de nappe, partenariats rassemblant divers acteurs (Société publique de gestion de l’eau, titulaires de prise d’eau, Service public de Wallonie (SPW), acteurs de terrain, agriculteurs) qui définissent et mettent en œuvre des actions visant à préserver ou améliorer la qualité de l’eau de captages (contrats de captage) ou de masses d'eau (contrats de nappe) sensibles aux pesticides et/ou au nitrate.

Des mesures de lutte contre l'érosion, qui contribue à la pollution diffuse des eaux de surface, sont également reprises dans divers plans (PGDH, Plans de gestion des risques d'inondation) et législations (conditionnalité des aides agricoles européennes dans le cadre de la Politique agricole commune, Code wallon de l’agriculture), la plupart d'entre elles étant toutefois non contraignantes.

Malgré les actions en cours pour réduire la pollution diffuse d'origine agricole, les mesures ne sont pas suffisantes pour faire face aux pressions importantes et atteindre ainsi le bon état écologique. Des efforts supplémentaires sont nécessaires.

Amélioration de l'hydromorphologie des cours d’eau

Des travaux de restauration hydromorphologique sont réalisés sur un ensemble de masses d’eau désignées comme prioritaires. Ces travaux visent par exemple à restaurer la continuité entre le cours d’eau et les habitats rivulaires, à créer des lieux de frai pour les poissons, à reconnecter des annexes hydrauliques (bras morts…), à permettre la reméandration ou encore à restaurer des zones humides. Ces éléments sont très importants pour la biodiversité et la qualité écologique des cours d'eau et participent dans une certaine mesure à diminuer les risques d’inondation.

Il s'agit également d'éliminer les obstacles à la libre circulation des poissons (barrages, biefs...). Fin 2020, environ 4 800 obstacles avaient été inventoriés sur les cours d’eau wallons, dont près de 2 700 obstacles infranchissables, majeurs ou importants. Entre 2016 et 2020, 45 obstacles de ce type ont été levés (élimination des obstacles) ou aménagés (construction de passes à poissons pour faciliter la migration p. ex.).

Gestion des sécheresses saisonnières et des épisodes pluvieux de forte intensité

Pour gérer les sécheresses saisonnières, les pouvoirs publics ont adopté plusieurs mesures dont la mise en place d'une cellule "sécheresse", pilotée par le Centre régional de crise de Wallonie, et l'élaboration de la Stratégie intégrale sécheresse. Celle-ci se base essentiellement sur :

  • le Dispositif sécheresse pour la Wallonie (DSW), axé sur la protection de la ressource et la résilience de l’environnement et du milieu rural. Le DSW prévoit notamment des mesures visant à favoriser l'infiltration des eaux pluviales afin d'augmenter la recharge des nappes ;
  • le Schéma régional des ressources en eau (SRRE), destiné à offrir une solution structurelle aux difficultés locales d'approvisionnement en eau de distribution. Ce dernier consiste essentiellement à effectuer des travaux de mise en connexion des grands ouvrages de production d'eau afin de mener l'eau là où elle manque en cas de sécheresse. Le SRRE vise à mieux tenir compte des effets de l’évolution du climat qui pourrait avoir un impact sur la disponibilité de la ressource mais aussi sur les demandes qui risquent d’évoluer à la hausse, notamment pour le secteur agricole.

Pour gérer les épisodes pluvieux de forte intensité, les pouvoirs publics ont adopté, en application de la directive "Inondation", les Plans de gestion des risques d’inondations (PGRI). Ils comprennent des mesures de prévention (informations sur les risques ou adaptation du bâti p. ex.), de protection (travaux d’infrastructures ou conservation de zones naturelles d’expansion de crues…), de préparation (dispositifs d’alerte, plans d’urgence…), de réparation et d’analyse post-crise à portée régionale, subrégionale ou locale. Parmi l’ensemble de ces mesures, la majorité concerne des travaux de protection. Bien que les mesures destinées à réduire les risques d'inondations permettent d'atténuer les conséquences des inondations sur l'environnement, aucune mesure des PGRI ne vise directement la prévention, la gestion ou la réparation des dommages environnementaux. À noter que certaines mesures de gestion visant le milieu naturel (aménagement ou restauration de zones humides pouvant servir de zones tampons p. ex.) peuvent avoir également des conséquences positives sur le maintien d'écosystèmes plus diversifiés.


De multiples défis pour l'avenir

L'état actuel des masses d'eau en Wallonie indique que les efforts doivent être poursuivis et renforcés dans une série de domaines, dont certains seulement ont pu être abordés ici. Les défis en vue d’atteindre l’objectif de la DCE de bon état des masses d'eau en 2027 sont nombreux. De manière très générale, ils ont trait à une bonne gestion quantitative de la ressource tenant compte du risque récurrent de sécheresse saisonnière, à l'atteinte de meilleures performances dans l'assainissement des rejets d'eaux usées, à la lutte contre toutes les formes de pollution diffuse, et à l'amélioration des conditions qui permettent le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Le programme de mesures prévu dans les PGDH 2022 - 2027 vise à répondre à ces multiples enjeux.

Il est essentiel de poursuivre la lutte contre les pollutions diffuses d’origine agricole, par exemple en veillant à la limitation au strict nécessaire des apports d’azote, en contrôlant de manière plus stricte l'application du PGDA, ou encore en développant davantage les bandes tampons (tournières enherbées, parcelles et bandes aménagées). Une transition vers des modes de production moins intensifs, qui consomment moins d'intrants (engrais, pesticides…) et protègent davantage les sols contre l'érosion, est absolument nécessaire. Des mesures renforcées devront également intégrer les objectifs de la Stratégie de la ferme à la table (Farm to Fork Strategy) et de la Stratégie de l’Union européenne en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, élaborées dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe (European Green Deal). Il s'agit notamment, d'ici 2030, de réduire de 50 % l’utilisation et les risques des pesticides chimiques ainsi que l’utilisation des pesticides les plus dangereux, de diminuer d’au moins 20 % le recours aux engrais et d'encourager le développement de l’agriculture bio dans l’Union européenne afin de porter sa part à 25 % de la superficie agricole utilisée. En ce qui concerne les pollutions diffuses ayant pour origine des sites pollués et potentiellement pollués, notamment historiques, les efforts d’identification et d’assainissement doivent être poursuivis.

Il importe aussi de poursuivre la lutte contre les pollutions ponctuelles, en particulier celles liées aux rejets industriels et au traitement insuffisant des eaux usées. En ce qui concerne les pollutions d’origine industrielle, il est nécessaire d’améliorer l’arsenal législatif, par exemple en renforçant les normes de rejet. Le traitement des eaux usées est aussi un des enjeux majeurs pour améliorer la qualité de l'eau des cours d'eau. L’amélioration de l’assainissement passe par un contrôle du raccordement effectif aux égouts et par la poursuite des investissements en matière d’assainissement collectif et autonome des eaux usées (notamment pour l’entretien des infrastructures existantes, le remplacement des anciennes stations d’épuration, l’amélioration des traitements des eaux usées et l’étude des substances émergentes).

Les défis pour l’avenir ouvrent parfois la voie à des chantiers permanents. C'est le cas pour la lutte contre la pollution chimique puisque seul un nombre limité de substances sont actuellement prises en compte pour évaluer l'état des masses d’eau. Il faudra tenir compte des polluants émergents, non encore inclus dans les programmes de surveillance des eaux requis par la législation européenne mais susceptibles d’être réglementés dans le futur du fait de leur persistance ou de leurs effets indésirables sur l'environnement ou la santé humaine. Ceux-ci se produisent parfois à de très faibles doses, comme dans le cas des perturbateurs endocriniens. Des listes de vigilance établies ou en préparation rassemblent les substances concernées : médicaments (antibiotiques, antidépresseurs, hormones…), pesticides, composés perfluorés, microplastiques...

Enfin, les changements climatiques, par leurs incidences sur le cycle hydrologique, sont susceptibles d'affecter le régime des précipitations, les débits des cours d'eau et la recharge des nappes d'eau souterraine. L'adaptation aux phénomènes extrêmes (sécheresses saisonnières, épisodes pluvieux de forte intensité) est en particulier un défi majeur. Pour prévenir les risques d'inondations, il s'agira notamment, en plus de mesures d'aménagement du territoire, de ralentir l’eau par exemple en captant les ruissellements de surface le plus en amont possible des bassins versants (bassins d'expansion des crues, bassins de rétention...) et d’orienter les flux. La restauration des plaines inondables et des zones humides devrait également apporter des bénéfices tant pour l'homme que pour les écosystèmes aquatiques.

Le Plan de relance de la Wallonie comprend diverses mesures pour prévenir les inondations et les risques de pénurie d’eau telles que la reméandration des cours d’eau et la création de zones d’immersion temporaire, la rénovation et l’amélioration des bassins d’orage du réseau routier, la création de structures de stockage d’eau et d’irrigation via l’aménagement foncier ou la réutilisation de l’eau.
 


[1] Cette donnée ne tient pas compte de l'eau de pluie, principalement utilisée par les industries et les ménages.

[2] Modèle EPICgrid, selon les derniers scénarios de changement climatique disponibles

[3] Les PGDH en vigueur en Wallonie couvrent la période 2016 - 2021. De nouveaux PGDH couvrant la période 2022 - 2027 sont en cours d’élaboration.

 

Références

(a) Thirel G, Collet L, Rousset F, Delaigue O, François D, Gailhard J, Le Lay M, Perrin C, Reverdy M, Samacoits R, Terrier M, Vidal J-P, Wagner J-P, 2021. Projet CHIMERE 21. Chiers - Meuse : Évolution du régime hydrologique au 21ème siècle. Rapport final. Agence de l’Eau Rhin-Meuse : Moulins-lès-Metz, France. q 

(b) VMM, 2018. Watergebruik door huishoudens. Het watergebruik in 2016 bij de Vlaming thuis. VMM : Aalst, Belgique. q 

AQUAWAL ; SPW Environnement - DEE ; SPW Environnement - DEMNA ; SPW Mobilité et Infrastructures - DEHE ; ULiège-GxABT - Unité BIOSE (modèle EPICgrid)
 

Nicolas FERMIN (SPW Environnement - DEE) ; Philippe MARBAIX (Plateforme wallonne pour le GIEC) ; Roland MASSET (SPW Environnement - DEE) ; François PAULUS (SPW Environnement - DPEAI) ; Cédric PREVEDELLO (AQUAWAL) ; Céline RENTIER (SPW Environnement - DEE) ; Catherine SOHIER (ULiège-GxABT), Benoît TRICOT (SPW Environnement - DEE)